S1
- Le langage trahit-il la
pensée ?
S2
- L’objectivité de l’histoire suppose-t-elle
l’impartialité de l’historien ?
S3
- Expliquer un extrait de
Le
monde comme volonté et comme représentation de
Schopenhauer :
La satisfaction,
le bonheur, comme l'appellent les hommes, n'est au propre et dans son
essence rien que de négatif , en elle, rien de positif. Il n'y a
pas de satisfaction qui, d'elle-même et comme de son propre
mouvement, vienne à nous , il faut qu'elle soit la satisfaction
d'un désir. Le désir, en effet, la privation, est la
condition préliminaire de toute jouissance. Or, avec la
satisfaction cesse le désir, et par conséquent la
jouissance aussi. Donc la satisfaction, le contentement, ne sauraient
être qu'une délivrance à l'égard d'une
douleur, d'un besoin , sous ce nom, il ne faut pas entendre en effet
seulement la souffrance effective, visible, mais toute espèce de
désir qui, par son importunité, trouble notre repos, et
même cet ennui qui tue, qui nous fait de l'existence un fardeau.
Maintenant, c'est une entreprise difficile d'obtenir, de
conquérir un bien quelconque , pas d'objet qui ne soit
séparé de nous par des difficultés, des travaux
sans fin , Sur la route, à chaque pas, surgissent des obstacles.
Et la conquête une fois faite, l'objet atteint, qu'a-t-on
gagné ? Rien assurément, que de s'être
délivré de quelque souffrance, de quelque désir,
d'être revenu à l'état où l'on se trouvait
avant l'apparition de ce désir. Le fait immédiat pour
nous, c'est le besoin tout seul, c'est-à-dire la douleur. Pour
la satisfaction et la jouissance, nous ne pouvons les connaître
qu'indirectement : il nous faut faire appel au souvenir de la
souffrance, de la privation passées, qu'elles ont
chassées tout d'abord. Voilà pourquoi les biens, les
avantages qui sont actuellement en notre possession, nous n'en avons
pas une vraie conscience, nous ne les apprécions pas, il nous
semble qu'il n'en pouvait être autrement, et en effet, tout le
bonheur qu'ils nous donnent, c'est d'écarter de nous certaines
souffrances. Il faut les perdre, pour en sentir le prix, le manque, la
privation, la douleur, voilà la chose positive, et qui sans
intermédiaire s'offre à nous."
S1
- Que gagne-t-on à
échanger ?
S2
- Le développement technique transforme-t-il les hommes ?
S3
- Expliquer un extrait de
De la
démocratie en Amérique d’Alexis de Tocqueville.
Les affaires générales
d'un pays n'occupent que les principaux citoyens. Ceux-là ne se
rassemblent que de loin en loin dans les mêmes lieux ; et, comme
il arrive souvent qu'ensuite ils se perdent de vue, il ne
s'établit pas entre eux de liens durables. Mais, quand il s'agit
de faire régler les affaires particulières d'un canton
par les hommes qui l'habitent, les mêmes individus sont toujours
en contact, et ils sont en quelque sorte forcés de se
connaître et de se complaire.
On tire difficilement un homme de lui-même pour
l'intéresser à la destinée de tout l'État,
parce qu'il comprend mal l'influence que la destinée de
l'État peut exercer sur son sort. Mais faut-il faire passer un
chemin au bout de son domaine, il verra d'un premier coup d'œil qu'il
se rencontre un rapport entre cette petite affaire publique et ses plus
grandes affaires privées, et il découvrira, sans qu'on le
lui montre, le lien étroit qui unit ici l'intérêt
particulier à l'intérêt général.
C'est donc en chargeant les citoyens de l'administration des petites
affaires, bien plus qu'en leur livrant le gouvernement des grandes,
qu'on les intéresse au bien public et qu'on leur fait voir le
besoin qu'ils ont sans cesse les uns des autres pour le produire.
On peut, par une action d'éclat, captiver tout à coup la
faveur d'un peuple; mais, pour gagner l'amour et le respect de la
population qui vous entoure, il faut une longue succession de petits
services rendus, de bons offices obscurs, une habitude constante de
bienveillance et une représentation bien établie de
désintéressement.
Les libertés locales, qui font qu'un grand nombre de citoyens
mettent du prix à l'affection de leurs voisins et de leurs
proches, ramènent donc sans cesse les hommes les uns vers les
autres, en dépit des instincts qui les séparent, et les
forcent à s'entraider.
Alexis de
Tocqueville (1835-1840), De la
démocratie en Amérique,
Tome II, Deuxième partie Influence de la démocratie sur
les sentiments des Américains, Chapitre IV
Quant à savoir s'il existe le
moindre principe moral qui fasse l'accord de tous, j'en appelle
à toutes personne un tant soit peu versée dans l'histoire
de l'humanité qui ait jeté un regard plus loin que le
bout de son nez. Où trouve-t-on cette vérité
pratique universellement accepté sans doute ni problèmes
aucuns, comme devrait l'être une vérité
innée ? La justice et le respect des contrats semblent faire
l'accord du plus grand nombre ; c'est un principe qui pense-t-on,
pénètre jusque dans les repaires de brigands, et dans les
bandes des plus grands malfaiteurs ; et ceux qui sont allés le
plus loin dans l'abandon de leur humanité respectent la
fidélité et la justice entre eux.
Je reconnais que les hors la loi eux-mêmes les respectent entre
eux ; mais ces règles ne sont pas respectées comme des
lois de la nature innées : elles sont appliquées comme
des règles utiles dans leur communauté ; et on ne peut
concevoir que celui qui agit correctement avec ses complices mais pille
et assassine en même temps le premier honnête homme venu,
embrasse la justice comme un principe.
La justice et la vérité sont des liens
élémentaires de toute société : même
les hors la loi et les voleurs, qui ont par ailleurs rompu avec le
monde, doivent donc garder entre eux la fidélité et les
règles de l'équité, sans quoi ils ne pourraient
rester ensemble. Mais qui soutiendrait que ceux qui vivent de fraude et
de rapine ont des principes innés de vérité et de
justice, qu'ils acceptent et reconnaissent ?
J. Locke, Essai sur l'entendement humain