Bac de juin 2010
Philosophie
Sujets des séries
générales
Série L
S1
- La recherche de la vérité peut-elle être
désintéressée ?
S2
- Faut-il oublier le passé pour se donner un avenir ?
S3
- Expliquez le texte suivant :
Parce que les
actes humains pour lesquels on établit des lois consistent en
des cas singuliers et contingents, variables à l'infini, il a
toujours été impossible d'instituer une règle
légale qui ne serait jamais en défaut. Mais les
législateurs, attentifs à ce qui se produit le plus
souvent, ont établi des lois en ce sens. Cependant, en certains
cas, les observer va contre l'égalité de la justice, et
contre le bien commun, visés par la loi. Ainsi, la loi statue
que les dépôts doivent être rendus, parce que cela
est juste dans la plupart des cas. Il arrive ou encore si
quelqu'un réclame une somme qui lui permettra de combattre sa
patrie. En ces cas et d'autres semblables, le mal serait de suivre la
loi établie ; le bien est, en négligeant la lettre de la
loi, d'obéir aux exigences de la justice et du bien public.
C'est à cela que sert l'équité. Aussi est-il clair
que l'équité est une vertu.
L'équité ne se détourne pas purement et simplement
de ce qui est juste, mais de la justice déterminée par la
loi. Et même, quand il le faut, elle ne s'oppose pas à la
sévérité qui est fidèle à l'exigence
de la loi ; ce qui est condamnable, c'est de suivre la loi à la
lettre quand il ne le faut pas. Aussi est-il dit dans le Code 1
: « II n'y a pas de doute qu'on pèche contre la loi si, en
s'attachant à sa lettre, on contredit la volonté du
législateur ».
II juge de la loi celui qui dit qu'elle est mal faite. Mais celui qui
dit que dans tel cas il ne faut pas suivre la loi à la lettre,
ne juge pas de la loi, mais d'un cas déterminé qui se
présente.
Thomas d'Aquin, Somme théologique
1 Il s'agit du Code publié par
Justinien en 529 : il contient la
plus grande somme connue de droit romain antique.
Série ES
S1
- Une vérité scientifique peut-elle être dangereuse
?
S2
- Dépend-il de nous d’être heureux ?
S3
- Expliquez le texte suivant :
La morale de notre
temps est fixée dans ses lignes essentielles, au moment
où nous naissons ; les changements qu’elle subit au cours d’une
existence individuelle, ceux, par conséquent, auxquels chacun de
nous peut participer sont infiniment restreints. Car les grandes
transformations morales supposent toujours beaucoup de temps. De plus,
nous ne sommes qu’une des innombrables unités qui y collaborent.
Notre apport personnel n’est donc jamais qu’un facteur infime de la
résultante complexe dans laquelle il disparaît anonyme.
Ainsi, on ne peut pas ne pas reconnaître que, si la règle
morale est oeuvre collective, nous la recevons beaucoup plus que nous
ne la faisons. Notre attitude est beaucoup plus passive qu’active. Nous
sommes agis plus que nous n’agissons. Or, cette passivité est en
contradiction avec une tendance actuelle, et qui devient tous les jours
plus forte, de la conscience morale. En effet, un des axiomes
fondamentaux de notre morale, on pourrait même dire l’axiome
fondamental, c’est que la personne humaine est la chose sainte par
excellence ; c’est qu’elle a droit au respect que le croyant de toutes
les religions réserve à son dieu ; et c’est ce que nous
exprimons nous-mêmes, quand nous faisons de l’idée
d’humanité la fin et la raison d’être de la patrie. En
vertu de ce principe, toute espèce d’empiètement sur
notre for intérieur nous apparaît comme immorale, puisque
c’est une violence faite à notre autonomie personnelle. Tout le
monde, aujourd’hui, reconnaît, au moins en théorie, que
jamais, en aucun cas, une manière déterminée de
penser ne doit nous être imposée obligatoirement,
fût-ce au nom d’une autorité morale.
DURKHEIM, L’éducation morale
Série S
S1
- L’art peut-il se passer de règles ?
S2
- Y a-t-il des questions auxquelles aucune science ne répond ?
S3
- Expliquer le texte suivant :
L’ignorance des
causes et de la constitution originaire du droit, de
l’équité, de la loi et de la justice conduit les gens
à faire de la coutume et de l’exemple la règle de leurs
actions, de telle sorte qu’ils pensent qu’une chose est injuste quand
elle est punie par la coutume, et qu’une chose est juste quand ils
peuvent montrer par l’exemple qu’elle n’est pas punissable et qu’on
l’approuve. […] Ils sont pareils aux petits enfants qui n’ont d’autre
règle des bonnes et des mauvaises manières que la
correction infligée par leurs parents et par leurs
maîtres, à ceci près que les enfants se tiennent
constamment à leur règle, ce que ne font pas les adultes
parce que, devenus forts et obstinés, ils en appellent de la
coutume à la raison, et de la raison à la coutume, comme
cela les sert, s’éloignant de la coutume quand leur
intérêt le requiert et combattant la raison aussi souvent
qu’elle va contre eux. C’est pourquoi la doctrine du juste et de
l’injuste est débattue en permanence, à la fois par la
plume et par l’épée. Ce qui n’est pas le cas de la
doctrine des lignes et des figures parce que la vérité en
ce domaine n’intéresse pas les gens, attendu qu’elle ne s’oppose
ni à leur ambition, ni à leur profit, ni à leur
lubricité. En effet, en ce qui concerne la doctrine selon
laquelle les trois angles d’un
triangle sont égaux à deux angles d’un carré,
si elle avait été contraire au droit de dominer de
quelqu’un, ou à l’intérêt de ceux qui dominent, je
ne doute pas qu’elle eût été, sinon
débattue, en tout cas éliminée en brûlant
tous les livres de géométrie, si cela eût
été possible à celui qui y aurait eu
intérêt.
HOBBES, Léviathan