Série L (littéraire)
-
Que gagne-t-on en travaillant ?
- Toute croyance est-elle
contraire à la raison ?
- Expliquer un extrait du Traité théologico-politique de
Spinoza
« La
fin de l’État n’est pas de faire passer les
hommes de la condition d’êtres raisonnables à celle
de bêtes brutes ou d’automates, mais
au contraire il est institué pour que leur âme
et leur corps s’acquittent en sûreté de
toutes leurs fonctions, pour qu’eux‐mêmes usent d’une Raison
libre, pour qu’ils ne
luttent point de haine, de colère ou
de ruse, pour qu’ils « supportent sans
malveillance les uns les autres. La fin de
l’État est donc en réalité la
liberté. Nous avons vu aussi que, pour former l’État,
une seule chose est nécessaire :
que tout le pouvoir de décréter appartienne
soit à tous collectivement, soit à
quelques‐uns, soit à un seul. Puisque, en effet le libre
jugement des hommes est
extrêmement divers, que chacun peut être
seul à tout savoir et qu’il est impossible
que tous opinent pareillement et parlent
d’une
seule bouche, ils ne pourraient vivre en
paix si l’individu n’avait renoncé à son
droit d’agir suivant le seul décret de sa pensée. C’est
donc seulement au droit d’agir par son propre décret
qu’il a renoncé, non au droit de raisonner et
de juger ; par suite nul à la vérité ne
peut, sans danger pour le droit du souverain,
agir contre son décret, mais il peut avec une
entière liberté opiner et juger et en conséquence
aussi parler, pour
qu’il n’aille pas au‐delà de la
simple parole ou de l’enseignement, et qu’il
défende son opinion par la raison
seule, non par la ruse, la colère ou la haine.»
Série ES (économique et
social)
-
Peut-il exister des désirs naturels ?
- Travailler, est-ce seulement
être utile ?
- Expliquer un extrait de Devoir et obéissance, de Berkeley
« En
morale, les règles éternelles d’action ont la même vérité immuable et
universelle que les propositions en géométrie. Ni les unes ni les
autres ne dépendent des circonstances, ni des accidents, car elles sont
vraies en tout temps et en tout lieu, sans limitation ni exception. «
Tu ne dois pas résister au pouvoir civil suprême » est une règle qui
n’est pas moins constante ni invariable pour tracer la conduite d’un
sujet à l’égard du gouvernement, que « multiplie la hauteur par la
moitié de la base » pour mesurer la surface d’un triangle. Et de même
qu’on ne jugerait pas que cette règle mathématique perd de son
universalité, parce qu’elle ne permet pas la mesure exacte d’un champ
qui n’est pas exactement un triangle, de même on ne doit pas juger
comme un argument contraire à l’universalité de la règle qui prescrit
l’obéissance passive, le fait qu’elle ne touche pas la conduite d’un
homme toutes les fois qu’un gouvernement est renversé ou que le pouvoir
suprême est disputé.
Il doit y avoir un triangle et vous devez vous servir de vos sens pour
le connaître, avant qu’il y ait lieu d’appliquer votre règle
mathématique. Et il doit y avoir un gouvernement civil, et vous devez
savoir entre quelles mains il se trouve, avant qu’intervienne le
précepte moral. Mais, quand nous savons où est certainement le pouvoir
suprême, nous ne devons pas plus douter que nous devons nous y
soumettre, que nous ne douterions du procédé pour mesurer une figure
que nous savons être un triangle. »
Série S (scientifique)
-
Avons-nous le devoir de chercher la vérité ?
- Serions-nous plus libres
sans l'État ?
- Expliquer un extrait de l' Émile ou De l'éducation, de
Rousseau
« On
façonne les plantes par la culture, et les hommes par l’éducation. Si
l’homme naissait grand et fort, sa taille et sa force lui seraient
inutiles jusqu’à ce qu’il eût appris à s’en servir; elles lui seraient
prejudiciables, en empêchant les autres de songer à
l’assister ; et, abandonné à lui même, il mourrait de misère avant
d’avoir
connu ses besoins. On se plaint de l’état de l’enfance; on ne voit pas
que la race humaine eût péri, si l’homme n’eût commencé par être enfant.
Nous naissons faibles, nous avons besoin de force; nous naissons
dépourvus de tout, nous avons besoin d’assistance ; nous naissons
stupides, nous avons besoin de jugement. Tout ce que nous n’avons pas à
notre naissance, et dont nous avons besoin étant grands, nous est donné
par l’éducation.
Cette éducation nous vient de la nature, ou des hommes ou des choses.
Le
développement interne de nos facultés et de nos organes est l’éducation
de la nature ; l’usage qu’on nous apprend à faire de ce développement
est
l’éducation des hommes ; et l’acquis de notre propre expérience sur les
objets qui nous affectent est l’éducation des choses.
Chacun de nous est donc formé par trois sortes de maîtres. Le disciple
dans lequel leurs diverses leçons se contrarient est mal élevé, et ne
sera jamais d’accord avec lui même ; celui dans lequel elles tombent
toutes sur les mêmes points, et tendent aux mêmes fins, va seul à son
but
et vit conséquemment. Celui là seul est bien élevé. »